Jeanne d’Arc  ; Jules MICHELET

   

On s’étonnera certainement de trouver dans cette collection un ouvrage de Michelet. C’est ignorer que cet auteur, fécond s’il en fut, commença à écrire une Histoire proche du catholicisme avant d’abandonner les principes qui l’avaient guidé. La vie de Jeanne d’Arc est à la charnière des deux époques de cet homme à l’esprit extrêmement mobile. Elle est au terme du premier Michelet ; elle n’est pas encore du second Michelet.

    A l’occasion de la présente réédition, il sera bon rapidement de rappeler l’action surnaturelle de sainte Jeanne d’Arc.
    Dieu l’a suscitée dans un moment extrêmement troublé de la Chrétienté. Lorsque sainte Jeanne d’Arc naît en 1412, l’Eglise de Dieu est tricéphale. Le Grand Schisme d’Occident perdure depuis plus de trente ans. En 1378, deux papes avaient été élus presque simultanément et avaient donné naissance aux deux obédiences de Rome et Avignon. De nombreuses tentatives pour résorber ce désordre étaient restées infructueuses. Les cardinaux unionistes des deux obédiences, las de ce scandale, décidèrent de se réunir à Pise en 1409 pour résorber le schisme. Ils y déposèrent motu proprio les deux papes de Rome et d’Avignon sans avoir obtenu leur accord et élurent Alexandre V. Nous connaissons la suite. Au lieu de deux papes, l’Eglise se trouva alors dirigée par trois papes, Grégoire XII à Rome, Benoît XIII en Avignon et Alexandre V à Pise. Il n’est pas utile de préciser que cette période ne s’accompagne pas d’une ferveur exagérée de la part des princes de l’Eglise et que les intrigues et la vénalité vont bon train. Tous les écrits du temps reprennent le même thème : le schisme a entraîné la ruine de l’Eglise elle-même. L’institution pontificale est battue en brèche par les prétentions conciliaristes. On se plaint des exigences fiscales excessives des collecteurs romains, de la mauvaise justice, de la richesse des cardinaux, de l’absence des évêques de leurs diocèses, de l’ignorance des clercs, des maux d’une Eglise qu’il faut réformer dans sa tête et dans ses membres.

    Cette grande pitié dans l’Eglise de Dieu se retrouve dans le royaume de France. Quatorze ans après la mort de Philippe le Bel, s’éteint le dernier descendant capétien direct. Cette mort engendre une guerre dynastique qui se transforme en une guerre entre la France et l’Angleterre et en une guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons.
Lorsque naît notre sainte, se trouve à la tête du royaume un roi fou, Charles VI de Valois, au regard ardent ou mort. S’y trouve une femme intrigante et vénale, la reine de France Isabeau de Bavière. S’y trouvent des princes scandaleux et rapaces, souillés de sang et s’entretuant. Ce sont les parents du roi. Nous connaissons les tristes épisodes contemporains de sainte Jeanne d’Arc : l’assassinat du duc d’Orléans en 1407, le désastre d’Azincourt en 1415, l’assassinat du duc de Bourgogne en 1417 et la vente du royaume de France aux Anglais par la reine Isabeau de Bavière en 1420 à l’occasion du Traité de Troyes. Lorsque Charles VI meurt en 1422, après un long règne de quarante-deux ans, il laisse pour héritier du trône le Dauphin, prince triste et timide renié par sa mère. Sur qui peut-il compter ? Il n’en sait rien. Il doute de lui-même. De plus, depuis le Traité de Troyes, qui est le véritable souverain ? Charles VI de France ou Henri V d’Angleterre ? Charles VII ou Henri VI ? Le Français ou l’Anglais ? Plus personne ne sait, sauf Dieu et celle à qui Il le révèle, sainte Jeanne d’Arc, qui va recevoir pour mission de faire sacrer le Gentil Dauphin à Reims et de bouter l’Anglais hors du royaume de France.

 

Abbé BOIVIN

    Jeanne d’Arc  ; Jules MICHELET
Accompagné d’un essai de M. l’abbé Claude BOIVIN et du Répertoire alphabétique des sources citées par Jules Michelet, par Emile BOURGEOIS  ;
Ainsi que de deux illustrations.


244 pages sur papier chamois 

24 euros + 14 euros de port.